lundi 17 octobre 2011

17 octobre 2011 - Libre comme l'air

L'homme a toujours cherché à combler ce besoin de liberté, ce besoin de conquérir l'impossible. Voler ! Maitriser l’apesanteur fait partie de ses conquêtes. 
J'ai eu la chance de vivre cette expérience de vol au dessus de mon environnement quotidien, au dessus du plancher des vaches. Je me suis rendu compte ce jour là de ce qu'était la liberté... La vraie liberté ! J'ai compris ce jour là qu'en réalité, on ne dit pas "heureux comme un poisson dans l'eau", mais "heureux comme un oiseau dans l'air".

C'était il y a déjà quelques années, j'étais comme chaque jour enfermé dans mon bureau, devant mon écran au fond noir, tapissé de petites lettres blanches. L'être humain que je suis a de temps en temps besoin d'échanger avec les gens qui l'entourent. Je suis donc sortis de mon bureau et j'ai longé le couloir pour me rendre à la machine à café. Quelques portes plus loin, un collègue se tenait devant le bureau de Frédéric. En passant à côté, quelques mots de leur conversation sont arrivés jusqu'à mes oreilles distraites...

- "... week-end ... fais de l'ULM ..."

J'ai lancé en passant une invitation
- "Un p'tit café ?"
J'ai continué mon chemin jusqu'à la machine à café, où mes 2 collègues m'ont rejoint.
Comme il fallait s'en douter, notre conversation s'est orientée vers l'ULM.
Frédéric nous a parlé de cette passion qu'il avait depuis des années, et en est arrivé à me proposer de venir à l'aérodrome pour me faire découvrir le temps d'un vol ce qu'il essayait de nous faire partager depuis quelques minutes avec des mots.

Il ne fallait pas me le proposer 2 fois. Le week end suivant, j'étais ponctuel à l'heure proposée sur le tarmac de l'aérodrome de Bondues !
Un ami que Frédéric avait également eu la gentillesse d'inviter m'accompagnait ce jour là pour cette expérience.
Frédéric nous a présenté les 2 pilotes qui allaient nous emmener au dessus du monde dans leurs ULM biplaces.
Nous avons commencé par un debriefing, une présentation des machines et les consignes de sécurité avant de pouvoir enfin nous installer sur ces grosses tondeuses à gazon coiffée d'une aile Delta.
Les pilotes ont démarré les machines. La pression montait. La grosse hélice que j'avais dans le dos allait nous propulser dans quelques instants hors de l'attraction terrestre...
La machine se mit en marche sur le Macadam qui menait au lieu de décollage. Nous devions parcourir une centaine de mètres pour nous engager au bout de la piste. J'ai eu le temps pendant ces quelques minutes de roulage, de fabriquer quelques kilos de stress mélangés à plusieurs kilos de plaisir à l'idée que nous allions voler les pieds dans le vide et la tête dans les nuages, à l'idée que j'allais avoir la chance de vivre ce que vivent les oiseaux...
L'ULM s'arrêta en bout de piste. J'avais devant moi un long champ, une longue piste d'herbe que j'allais voir défiler dans quelques instants.
Le pilote demanda à la tour de contrôle l'autorisation de décoller... Ces quelques secondes m'ont paru une éternité... Puis le pilote me regarda.
- "T'es prêt ?"
Je lui fit signe oui de la tête.
Il se retourna pour regarder la piste en mis les Gaz à fonds ! Le moteur me montra toute sa puissance, j'avais l'impression d'être collé au siège. Je vis l'herbe sous mes pieds défiler de plus en plus vite jusqu'à ne plus voir les détails du sol. Le pilote leva l'aile delta en poussant le triangle qui lui servait à diriger l'engin, quand j'ai sentis mon coeur tomber dans les pieds et mon estomac remonter dans ma gorge. 
- "Waooo ! Mooooon ! Dieu !" ... Je crois que ce que j'ai dû penser ou dire au moment où nous avons quitté le sol.
Je vivais un décollage, en ayant la chance de voir la piste, devant moi ! En ayant la chance de voir le sol s'éloigner, sous moi ! Je n'étais pas dans un jeu vidéo ! Je décollais tel un oiseau, pour de vrai !

Il est à cet instant difficile d'exprimer le plaisir que j'ai pu ressentir...
Je me souviens avoir mélangé peur et bonheur, car au plus nous montions, au plus j'avais l'impression que nous ralentissions et que nous allions tomber en arrière.
Cette impression s'explique par le fait que plus nous étions haut, au moins le sol semblait défiler, et comme le décollage se fait à un angle très fort... Je me sentais tomber en arrière...
En bout de piste, nous avons survolé des arbres qui me paraissaient tout petits, insignifiants.
J'ai à ce moment eu une pensée dont je me souviens encore aujourd'hui. 
- "... Après avoir vécu ça, c'est clair je peux mourir heureux !"

Le pilote a alors entamé quelques virages en douceur et m'a demandé si ça allait. Je lui ai bien fait comprendre que OUI, ça allait ! Il a alors forcé les virages et j'ai pu sentir ce qu'est une chute en haute altitude ! Quel bonheur !
Nous avons volé une vingtaine de minutes, peut-être plus, pendant lesquelles j'ai découvert ma région sous un autre point de vue. Et c'est peu dire !
Vu de là-haut, tout me paraissait calme, lent, silencieux. Je ne reconnaissais rien, j'étais totalement perdu dans un autre monde...
Il était temps de rentrer. Le pilote a alors entamé quelques virages pour nous placer dans l'alignement de la piste. J'allais vivre un atterrissage, pour de vrai ! Je passais d'un plaisir à un autre ! C'est pas humain, quand on sait qu'il va falloir revenir à la réalité dans quelques instants !

Nous étions dans l'axe de la piste, l'autorisation d’atterrir donnée par la tour, nous avons entamé notre descente vers le monde réel. le sol se remis à défiler de plus en plus rapidement. J'avais du mal à comprendre la distance qui nous séparait du sol, mais heureusement, le pilote lui comprenait. J'ai alors sentis les roues toucher le sol, et il ne fallut pas 100 mètres pour que les freins de l'ULM ne nous fasse revenir à une vitesse rassurante.

Mon cœur et mon estomac revenus à leur place, il me reste les souvenirs qui ne peuvent s'effacer, à chaque fois que je lève la tête pour voir tous ces chanceux qui sont libres comme l'air...


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